Lettre
de l'ACIF No 4,
mars
2000
Chers
membres et sympathisants,
Ces
derniers mois, les instances internationales ont adopté divers textes
destinés à favoriser la mise en oeuvre du plurilinguisme
au sein des Secrétariats des organisations internationales. Ces
textes, dont nous vous livrons ici de larges extraits, participent d'une
volonté affichée des États membres de traduire dans
les faits la parité des langues officielles et des langues de travail.
C'est dire la légitimité de l'action que mène l'ACIF
depuis plus de cinq ans au coeur des organisations internationales pour
mieux faire connaître comment le plurilinguisme institutionnel (pluris:plusieurs)
se distingue du multilinguisme individuel ou planétaire (multi:beaucoup),
le premier relevant d'un choix et constituant un mode de gestion du second.
Merci de vous joindre à nous pour poursuivre notre réflexion
sur les modalités d'un traitement équitable des langues au
sein des instances internationales et d'en parler autour de vous.
Marie-Josée
de Saint Robert
Présidente
de l'ACIF
Le
plurilinguisme à l'ONU
sort
renforcé à l'issue de la dernière Assemblée
générale des Nations Unies, au vu des dispositions suivantes
qui traduisent une double exigence de la part des États Membres
:
·le
besoin d'avoir à l'ONU un interlocuteur chargé de rassembler
les données concernant l'emploi des langues au sein de cette institution
et de répondre aux demandes qui s'y font jour en matière
de plurilinguisme, à l'instar de ce que fait le Commissaire aux
langues officielles au Canada.
La
résolution A/54/L.37,
intitulée Multilinguisme, "Prie le
Secrétaire général de désigner parmi les fonctionnaires
de haut niveau du Secrétariat un coordonnateur des questions ayant
trait au multilinguisme dans l’ensemble du Secrétariat".
Cette
résolution prie également le Secrétaire général
de lui
"présenter
à sa cinquante-sixième session un rapport d’ensemble sur
l’application de la résolution 50/11 sur le multilinguisme et de
la présente résolution."
[Cette
résolution, dont l'original est français, a été
présentée par 88 États Membres et a été
adoptée à New York le 7 décembre 1999].
·
le souci de rappeler la nécessité de s'entendre sur le choix
des mots entre États Membres et services linguistiques de l'ONU
et de veiller à la qualité de la langue dans un environnement
multilingue où différentes visions du monde doivent être
rendues le plus justement possible dans les six langues officielles de
l'Organisation :
"11. Prie le
Secrétaire général de veiller à ce que les
traductions, par principe, procèdent du génie propre à
chaque langue;
12. Prie
également le
Secrétaire général, afin d’améliorer encore
la qualité de la traduction des documents publiés dans les
six langues officielles, de maintenir un dialogue suivi entre le personnel
des services de traduction et celui des services d’interprétation,
entre le Siège de l’ONU à New York et les Offices de Genève,
Vienne et Nairobi, et entre les divisions de traduction et les États
Membres, pour que la terminologie soit normalisée;
13. Prie
en outre le
Secrétaire général de veiller à ce que les
États Membres, qui sont les principaux utilisateurs des documents
de l’Organisation, soient informés périodiquement de l’évolution
de la terminologie en usage."
[document A/C.5/54/L.19
du 22 décembre 1999, intitulé Plan des conférences,
partie D "Questions relatives à la traduction et à l'interprétation"]
Le
plurilinguisme à l'OMS
Extrait
de l'allocution d'ouverture du Directeur général à
la 105e session du Conseil exécutif de l'OMS, Genève, le
24 janvier 2000
"L'OMS
est une organisation pluriculturelle et plurilingue. Notre structure régionale
nous donne des moyens uniques de transmettre nos conseils et nos compétences
dans diverses langues. Rares sont les organisations qui utilisent effectivement
à aussi grande échelle toutes les langues officielles de
l'ONU.
Le
plurilinguisme est un atout - un signe de diversité, un moyen d'exprimer
une pluralité de cultures. Cette diversité doitêtre
activement encouragée, car on ne peut pas parler de la santé
dans une seule langue.
Pour
nous, le plus grand défi est de trouver des moyens de faire parvenir
nos messages à toujours plus d'individus, d'autorités sanitaires
et de partenaires.
Pour
réussir, nous devrons innover dans la façon dont nous utilisons
les techniques de l'information. Pour moi, l'avenir ce n'est pas la production
à Genève de tonnes de documents imprimés en plusieurs
langues officielles, si souvent condamnés à moisir dans des
caves. L'avenir, c'est la flexibilité et la possibilité d'utiliser
au niveau local les moyens requis en matière d'informatique, de
distribution et de traduction.
Ici,
à Genève, le français et l'anglais sont les principales
langues de travail. Dans les bureaux régionaux, on trouve d'autres
combinaisons de langues adaptées aux spécificités
locales.
Notre
tâche est de faciliter la communication de manière à
garantir un dialogue technique de qualité. Je chargerai un haut
fonctionnaire d'aider à coordonner les mesures que nous prendrons
pour favoriser le plurilinguisme.
Aucun
cours de langue gratuit n'a été proposé au personnel
depuis 1986. Nous allons maintenant recommencer à offrir le remboursement
complet de ces cours aux membres du personnel qui souhaiteraient apprendre
une langue officielle tout en travaillant à l'OMS.
Nous
étudions aussi les moyens de développer nos services d'interprétation
pour inciter des experts compétents des États Membres à
venir participer à des consultations techniques à Genève.
L'Internet
va décupler l'importance des communications. Chaque mois, on dénombre
11 millions de consultations sur la page d'accueil de l'OMS, et ce chiffre
augmente rapidement. Nous allons développer et enrichir notre site
Web afin de le rendre accessible dans davantage de langues.
L'année
dernière, nous avons réuni plusieurs publications de l'OMS
en une seule, le Bulletin de l'Organisation mondiale de la Santé.
Cette année, notre ambition est de proposer le Bulletin en
anglais, en français et en espagnol et d'en offrir des traductions
dans d'autres langues au niveau local. Enfin, le rapport sur la santé
dans le monde, qui paraît déjà en anglais et en français,
paraîtra aussi en espagnol cette année, et nous sommes prêts
à en faciliter la traduction dans d'autres langues importantes."
[EB105/2, p. 14]
Le
Conseil exécutif a adopté le 26 janvier 2000 une résolution
intitulée
"Utilisation des langues à l'OMS - le plurililinguisme au Secrétariat
et dans les publications de l'OMS" [EB/105/Conf. Paper No 1] dans
laquelle il se félicite des mesures annoncées par le Directeur
général en faveur du plurilinguisme et demande à celui-ci
de poursuivre l'examen de la question des langues et la recherche de mesures
complémentaires.
Le
plurilinguisme à l'UNESCO
Plusieurs
textes récents militent en faveur du maintien de la pluralité
linguistique, qui devrait caractériser le travail des instances
internationales.
¨Extrait
de la "CONTRIBUTION DE L'UNESCO AU RAPPORT PRELIMINAIRE DU SECRETAIRE
GENERAL DES NATIONS UNIES SUR LE DIALOGUE ENTRE LES CIVILISATIONS" :
"2.41
Education et promotion de la diversité linguistique - Dans
le domaine de l'éducation et de la promotion de la diversité
linguistique, l'enseignement des langues et, en particulier, l'éducation
multilingue sont un facteur essentiel du développement de la communication
et de la compréhension entre les peuples. Plusieurs activités
sont menées à bien dans le cadre du projet Linguapax, dont
le but spécifique est d'encourager le dialogue entre les civilisations:
l'UNESCO prépare actuellement un rapport sur les langues du monde
qui sera publié en 2001, le réseau Linguapax se développe
avec la création de nouvelles chaires UNESCO sur des thèmes
linguistiques, un Comité consultatif pour le pluralisme linguistique
et l'éducation multilingue a été créé
au cours de la 155e session du Conseil exécutif, de nombreux guides
de politiques linguistiques dans les pays
multilingues
ont été produits, ainsi que d'autres matériels d'information,
et un site Web Linguapax va être mis en place. [30 C/INF.8 du 21
octobre 1999]
¨Le
document intitulé "PROJET
DE RECOMMANDATION SUR LA PROMOTION ET L'USAGE DU MULTILINGUISME ET L'ACCES
UNIVERSEL AU CYBERESPACE" propose
des activités concrètes à entreprendre aux niveaux
national et international,
en
vue de promouvoir le multilinguisme sur les réseaux
d'information.
[30 C/31
27
août 1999]
¨Une
résolution non seulement souligne la nécessité de
promouvoir le plurilinguisme au niveau individuel mais rend possible la
mise en place d'un plurilinguisme institutionnel en recommandant : "2.7
la multiplication des métiers fondés sur la langue, au bénéfice
de toutes les langues vivantes." [30 C/DR.95 * (COM.II), 6 novembre 1999].
Ainsi la
communication internationale reste un beau défi à relever
par des experts des langues et non des amateurs.